À cheval donné...
Compilation d'écrits de jeunesse

Le vieil homme et le fer

Quelque part dans les montagnes de Japon féodal

 

Il pleut de nouveau. Le vieux forgeron contemple une fois de plus les montagnes enneigées qu'il connaît si bien. Les bras croisés sur la poitrine et ses longs cheveux gris luisant sur ses épaules. Voilà de nombreuses années qu'il vit dans cette grotte au sommet de la montagne de métal, vivant au rythme lent et lourd du marteau battant le fer. Mais aujourd'hui, sentant sa vie partir avec la noblesse des samouraïs de l'ère Edo, le vieux forgeron a décidé de reprendre la route.

Il y a longtemps, il était fier guerrier ; parcourant les routes tout le jour, défendant la veuve et l'orphelin, répandant la joie sur son passage et vivant de l'argent qu'il prenait sur le cadavre des brigands. C'est le jour où il prit conscience de sa condition de hyène qu'il devint sédentaire. Depuis lors, il vit dans la montagne de fer, battant le métal de jour comme de nuit, au rythme de sa vie. Son bras est devenu fort, ses réflexes sont partis avec l'âge mais sa maîtrise du sabre est restée redoutable, malgré sa vie simple.

Ses affaires sont prêtes, il passe une fourrure sur ses épaules, empoigne par le fourreau son plus beau katana, forgé avec le cour de la montagne de fer, pour enfin reprendre la route. Il se moque bien que les marchands prennent dorénavant le chemin de sa forge en vain, il se moque aussi des pillards qui ne manqueront pas d'en prendre possession ; car aujourd'hui, alors que ses jours sont comptés, aujourd'hui alors que, pour la première fois depuis de longues années, le saké a bon goût, aujourd'hui alors qu'un vagabond de plus erre dans un pays où tout est gangrené, aujourd'hui enfin, le vieil homme commence à vivre.

Le cloaque

Il est des lieux où peu de monde traîne la nuit, que l'on dit malfamés, où poser ses santiags sans être un habitué peut valoir au visiteur d'interloqués regards et parfois des poussées d'hostilité qui vouent à ces lieux leur réputation. Ce sont des bars dissimulés aux regards du fond d'obscures ruelles ; ce sont d'empoussiérés night-clubs aux scènes chevauchées de groupes inconnus et sans avenir ; ce sont des immeubles désaffectés où s'amoncellent comme des déchets les visiteurs et leurs seringues agitées. Son studio est de ces endroits. Si tant est qu'il n'attende rien du lendemain, le visiteur accompagné y est le bienvenu, et se verra autorisé à piocher dans le frigo une bière fraîche, et dans les tiroirs des meubles en vieux bois une cuillère tordue qu'il pourra remplir de la drogue qu'il voudra.

La première fois que j'ai mis le pied dans son studio nous y étions cinq ou six. Mes amis de l'époque dont je ne conserve ni la trace ni presque le souvenir s'étaient après un temps décidés à m'y emmener, et je devais n'avoir que quinze ou seize années de gâchées derrière moi. J'en ai presque le double maintenant, mais je croise toujours dans cette petite pièce où jamais un flicard n'a mis le pied des gamins aux veines roses. Ils appliquent à grand peine sur leurs visages encore frais la poudre et le fard qui font l'apanage de cette triste adolescence pleurant avant d'avoir souffert. Leurs cernes à demi artificielles ressemblent aux miennes, et leur peau grisée par le maquillage prend parfois sous le néon du frigo une teinte semblable à celle du vrai malade.

Il m'est arrivé plusieurs fois d'initier des plus jeunes à cette adresse spéciale, sans que du fond de leur routinière débauche ils ne relèvent l'insolite de la situation, et ne se posent qu'après plusieurs visites la question de l'hôte. Car il semble bien dans cette petite pièce au frigo toujours plein que le propriétaire n'est que rarement présent, que sa porte n'est ouverte aux visites que par des mains d'invités. Je n'ai jamais rencontré celui ou celle qui depuis près de quinze ans est mon hôte de deux ou trois nuits par mois. On m'a parlé déjà d'une semblable personne qui débarque, impromptue, quelques fois dans l'année. Les témoignages sont toujours aussi flous que variés, et ceux qui les fournissent aussi peu fiables que possible. Une fascination emprunte de terreur habite leurs yeux fous, que la drogue fait palpiter bien plus que de raison. On parle d'un libertin dépravé et richard qui descend trois fois l'an dans son sanctuaire privé, pour soutirer à ses hôtes tout aussi dépravées les faveurs que ni son charme ni la drogue ne leur permette de lui refuser. On parle d'orgies sanglantes, de bondage et de tortures où celui qui se plaint est toujours le premier à pâtir de la hardiesse de l'hôte. Certains le disent vampire, tout le monde le dit monstre, et ceux qui parfois marchent dans son sillon sont si ce n'est autant, du moins bien assez fous, pervers et vicieux pour profiter des malheureux choisis par le destin.

Car c'est un jeu bien spécial auquel joue celui qui met le pied ici. Jamais personne ne sait quand l'hôte reviendra, ni ce qu'il fera subir à ceux sur qui il tombera. Demeurer dans ce lieu où tout vous est offert chaque minute de plus est augmenter vos chances de sentir le gode ceinture vous lacérer l'anus, un pari que tous les visiteurs sont prêts à soutenir, dans une lutte croissante contre la dépendance qui vous guette inévitablement à traîner dans ce placenta poussiéreux au liquide amniotique parfumé d'héroïne. J'ai perdu des amis dans ce lieu, et si j'ai cru parfois m'en faire de nouveaux il n'en est en fait rien. Les gens ici disparaissent, parfois. Que la folie les frappe à la visite du croque-mitaines ou qu'il les égorge réellement, on ne revoit parfois pas tel ou tel habitué venu un mauvais soir.

Ce n'est pas une mélodie
ou Voyage dans la carriole de l'Ankou

Toc, toc, toc, toc, toc, totoc, toc, toc, toc, toc, toc, totoc.

 

Un rythme étranger dans la tête, je divague. Le jour succède à la nuit, qui succède la à lumière, qui succède à l'ombre, qui succède au blanc, qui succède au noir, qui succède à l'éther. Mon front est couvert de sueur, des bouffées de chaleur me soulèvent l'estomac, mon crâne me fait souffrir et ma vue est troublée, mon esprit nauséeux examine la frontière infime qui me frôle de plus en plus près, en contact avec ma peau, et si près de mon cour. Un froid glacial m'envahit soudain, courant d'air cadavérique qui fait tanguer mon cour. Mon esprit se laisse choir successivement dans un sommeil léger et dans un état d'éveil cataleptique, incapable de discerner les détails de ce que j'observe, je retombe assoupi. Quand un flash de lumière m'éblouit, je recule par instinct, mais tellement affaibli que très vite je me laisse reconquérir par cette Morphée impatiente autant qu'avare de moi.

 

Et j'écoute cette musique, « toc, toc, toc, toc, toc, totoc ».

 

A gauche de ma coquille est un homme gras et laid. Tout comme ce que je suis, il attend l'heure fatale, quand les portes s'ouvriront et qu'il devra partir. Et mon visage à chaque instant plus près de la barrière minuscule qui me sépare du monde se rafraîchit de minute en minute, envahissant mon cerveau d'un froid hivernal qui lui interdit très vite toute pensée. Mon corps se voit secoué, incapable de résister, tel une poupée de chiffon dans la main d'un enfant. Je suis toujours conscient, malgré ma paralysie et les yeux dans le vide je contemple ces plaines, pâturages sans fin recouverts d'herbes claires. Et les secousses désordonnées et imposées à mon corps me donnent la nausée, m'extirpant un instant de mon sommeil forcé.

 

Et je suis la cadence, « toc, toc, toc, toc, toc, totoc ».

 

Sur un fil inexistant je danse en songes livides, entre lumière et ombre, entre monts et abysses. Puis mon corps se dissout et je ne fais plus qu'un avec cette frontière à peine perceptible par un simple oil humain. Je regarde le monde par une lunette vivante se déplaçant sans cesse à travers champs et villes, de montagnes en collines, en plaines ou en abîmes. Une voix immatérielle se fait entendre, froide et impassible, qui annonce la fin, la libération, et tous s'agitent, se réveillent, s'activent à leur sortie, ou leur entrée en scène, fini le purgatoire mais où arrivons nous ? Les yeux toujours si rouges je me lève de mon siège dans un étourdissement. Ma gorge me brûle, maudite climatisation, et ce gros tas devant moi n'arrive pas à attraper son sac. D'un geste rapide et dextre je le lui fais tomber sur la gueule pour m'emparer du mien, et me ruer dehors pour retrouver mes oxydes de carbone si familières, symboles de ma ville grise.

 

Le bruit a cessé, plus de « toc, toc, toc, toc » mais bientôt le métro me portera en son sein. Et de retour chez moi dans un sanglot écoeurant, je suis pris que d'une irrésistible envie de reprendre ce train mais il m'est interdit.

En fermant les yeux, l'illusion est convaincante

Aussi doux au creux de ma main qu'à la pointe de ma langue le sein blanc que je caresse m'évoque par son contact une pêche mûrie chargée de sucre. Et quand, plusieurs heures après l'avoir abandonné je recherche sa douceur dans l'étreinte de son alter ego fruitier, mon esprit s'embrume et floue chacune de mes perceptions. La peau qui se présente d'abord à l'extrémité mes doigts tendus m'irrite très légèrement de son duvet imperceptiblement rêche. Puis, à mesure que mes doigts, rampant à sa surface, enlacent le fruit, l'emprisonnant dans une prison aux barreaux de chair et d'os, la texture de cet épiderme particulier fourmille le long de mes phalanges, s'immisce sous ma peau, remonte par mes nerfs directement jusqu'à mon cour qui, incapable de soutenir pareille volupté, inspire et expire le sang de mes entrailles par saccades syncopées. Puis arrive le contact entre le corps du fruit et cette fine peau qui lie mes doigts entre eux. La caresse de la pêche m'enivre de sa sensualité quand ce frisson ininterrompu s'étend jusqu'à ma paume, effleurant d'abord les premières chaires de l'intérieur de ma main, s'aventurant ensuite jusqu'au fond de l'abîme de cette main creuse, comblant mes nerfs d'une électricité aphrodisiaque et vidant ma tête de tout ce qui lui confère consistance. Alors mon étreinte prend conviction, passant outre le champ électrostatique qui faisait si facilement s'humecter ma bouche, et le muscle ferme du fruit se déforme sous la pression de mes doigts alors que ceux-ci s'enfoncent lentement, soulevant collines et creusant vallées à la surface de la terre vierge qui s'offre à mes désirs grandissants. L'attirance devient vite insupportable et je ne retiens plus ce désir de déchirer cette peau encore intacte.

Profilant les ongles aiguisés de ma main gauche à la surface tant convoitée du fruit, j'apprécie en premier lieu la fragilité apparente de cette protection sommaire qu'est l'épiderme. Mais bientôt l'intérêt de cette agressive caresse me paraît bien mince comparé à la jouissance dont il n'est que le menaçant préliminaire. Sitôt la décision prise, les cinq griffes cessent leur errance à la surface de ce monde inconnu et par là même envoûtant pour s'y implanter. Et c'est le plus lentement possible, le plus sensuellement du monde, que chacune à leur tour, j'enfonce ces lames noires au plus profond du fruit, me rapprochant avec assurance de son cour, sans jamais accélérer, afin de pleinement jouir de chaque seconde de cette scène ouvertement érotique. Le jus indiciblement attendu ne tarde pas à s'écouler à la surface du fruit expiré par chacune des cinq plaies infligées, humectant le duvet, se répandant le long de mes doigts, de ma paume, glissant le long de mon poignet et infiltrant ma manche. Et je contracte les muscles de ma main, précisant l'étreinte déchirante qui lacère la peau cramoisie en cinq plaies béantes, découvrant une chair rougeâtre, à peine translucide, gorgée d'un sang langoureux qui coule à flots et appelle le baiser. Saisissant la gravité de la blessure j'épargne ma victime de la mort par hémorragie et retire de son corps les armes de notre coït. Ma main dressée loin du fruit m'apparaît à travers yeux à demi clos comme un serpent prêt à attaquer. Mais le suc répandu tout le long de mon avant bras repousse vite cette pensée à c'est pour son jus que je délaisse quelques instants le fruit blessé à mort, préférant me concentrer sur le goût sucré, légèrement acide de cette essence parfois aigrie par la transpiration qui se mélange déjà au jus, formant une mixture poisseuse. La bouche tapissée d'un goût plutôt qu'emplie de jus, je me redirige sans tarder vers l'objet de mon désir. Il s'en dégage une odeur semblable au goût du jus bien que moins envoûtante. Avec mille précautions et un soin attentionné je colle mes lèvres autour des plaies et en tire avec violence une huile qui comble ma bouche et descend d'elle-même entre mes amygdales, le long de mon osophage jusqu'à mon cour. Mais je ne suis pas rassasié. Il m'en faut plus. Mon appétit réveillé ordonne à mes mâchoires les mouvements adéquats ; je m'exécute, et voilà la pêche à la peau si douce écorchée là où mes griffes avaient gravé ma passion. D'un mouvement long et lent je passe ma langue dans toute sa longueur sur la chair à vif, lisse sous sa peau duveteuse, m'emplissant une dernière fois de passion pour le fruit qui saigne dans ma main, avant d'y plonger les crocs. La chair privée de peau cède facilement sous mes morsures répétées, je ne mâche que brièvement la chair que j'intègre, juste assez pour en extraire toujours plus de ce nectar divin dont je m'enivre avec délectation.

Je sens bientôt quelque chose de dur. La fille gémit derrière son bâillon. Je relève la tête pour voir son visage, lui dévoilant, sardonique, ma mâchoire ensanglantée. Je lui souris sans cesser de mâchonner sa glande mammaire toujours accrochée à sa poitrine, mais son visage terrifié ne m'amuse pas autant que je l'aurais pensé. Elle essaie de crier en se débattant de toutes ses forces mais mes liens sont trop solides pour ses petits muscles et elle se fait plus mal qu'elle n'arrive à m'impressionner. Puis, délaissant ce bout de chair, je me relève et contemple mon ouvre. Que lui mangerai-je demain ? L'intérieur de la cuisse ? L'autre oreille ? Des doigts ? Le con ? Et c'est songeur que je vais dans la salle de bain me laver le visage et le torse, tous deux ruisselants de sueur et de sang, autant dire de passion.

Le fond de l'air

Enfermé dans une alcôve gigantesque, à l'échelle parisienne, et bousculé par les vents rougeoyants et les flots enflammés, mon corps se consume dans une tornade de braises. J'aime sentir mon enveloppe se consumer de la sorte, l'exaltation que procure cette douleur omniprésente, ce feu intérieur qui consume mon cerveau, brûle mes yeux et fait mousser ma salive. La gorge en feu et la nuque instable, j'observe le monde qui m'entoure, d'un rouge si sombre que les larmes me viennent. Les bras tombants et sanglotant nerveusement, lâchant des cris désarticulés pour appeler au secours, j'avance en titubant les yeux rivés sur les passants qui s'évaporent dans la nuit. Mes muscles tressaillent par moment, les nerfs à vifs et pourtant assoupis, je me braque et me crispe à la moindre agression. Mon crâne défoncé déverse dans mes cheveux un sang noir qui coule jusque dans mon cou brûlant, et sur tout le côté droit de mon visage. L'oil noyé dans une fontaine d'Ichor, insensible à cette blessure mortelle, je marche droit devant moi. Je reconnais ces lieux que je traverse pourtant ils ont changé. Et mon bras ensanglanté tient un tesson de bouteille, la main crispée par une brûlure déchirante qui fait de moi son esclave. Beaucoup d'alcool dans le sang et de sang sur le corps, la peau blanchie et la mâchoire crispée, les os gelés et les muscles brûlants, en cadavre vivant, je progresse. D'une rue à une autre, regardant le monde d'un air dédaigneux, ces rues bordeaux à l'éclairage orange, mes yeux injectés de sang croisent ceux de plusieurs passants de façon étrange, comme s'ils étaient incapables de détourner leur regard d'une image répugnante. Répugnant. Voilà ce que je suis, couvert de sang séché, puant l'abattoir comme un porc saigné à blanc, sauf que je suis humain, que mes veines sont intactes et que je marche toujours. La plaie dans mon crâne s'agrandit, fendant totalement la coquille osseuse jusqu'en bas, jusqu'au craquement de ma nuque. Le sang sombre coule à flots collant mes habits à ma peau, laissant derrière moi la trace abominable d'un cadavre qu'on aurait traîné. Etendant le sombre rideau qui me fait office de cape je continue mon périple. Un église de quartier, la plaie s'étend, ma chair se déchire dans un crissement de satin jusqu'au milieu de mon dos et je me souviens de ces années passées étant enfant à courir sur cette place avec mes amis. Aujourd'hui il n'en reste pas grand chose, des amis comme des souvenirs, fondus ensembles dans un flou onirique. Puis je passe sous les arcades gigantesques, rougies par l'éclairage au sodium et contourne la fontaine qui tient lieu de rond point. Les voitures innombrables, noyées dans l'éclairage de leurs phares m'éblouissent malgré le sang coagulé qui obstrue mes yeux. Les piétons que je croise se retournent sur mon passage, les autres pressent le pas, apeurés par un cadavre encore debout. Mes paroles s'étouffent dans ma gorge ensanglantée, et seuls sortent les rugissements volcaniques d'une respiration cancéreuse. J'entame la longue rue à double sens et me dirige vers la tour gigantesque qui se dresse, immortelle dans le ciel orangé, fascinante de par son obscurité. De nombreuses fenêtres sont allumées et des lumignons vermeils la ponctuent régulièrement. Je traverse le parvis bondé de bipèdes qui s'affairent à leur vie agitée. Les gens s'écartent et se taisent sur mon passage et je traverse la place avec le sentiment d'un roi déchu envoyé en exil : fier et pourtant blessé. La plaie contourne mon cou et entame mon torse, de droite à gauche, s'arrêtant au milieu. La douleur n'est plus, mon corps est trop engourdi, mais mes oreilles commencent à siffler. Et derrière moi, dans l'exacte direction de l'Est, s'étend un cimetière tel une croûte dans la ville, magnifique dans son immonde purulence. J'arrache le sang séché de mes yeux à l'aide de mes ongles noircis, un bout de cornée se détache avec et je jette ce qui ressemble vraiment à une coquille d'ouf cru dans ma traîne de roi, dans ce tapis rouge que je déroule pour un inconnu vêtu de noir. Passant de rue en rue je rejoins un boulevard chargé d'arbres sans feuilles. Une imposante bâtisse se dresse bientôt à ma gauche, cercueil de géant que je couvre de mon regard en même temps que je marche. Mais bientôt la chose a disparu et me laisse seul dans la contemplation d'un train miniature géant. Je suis la construction étrange alors qu'une rame du métro aérien me dépasse sur le même chemin, entre les piliers de métal gris sale qui portent l'armature titanesque. Le bruit m'assourdit et le vent soulève les papiers autours de moi, effrayant les pigeons qui vivent dans les poutres du dragon de fer. Je crie de douleur quand mes oreilles amplifient les cris métalliques de la machine horrible et le drap qu'est mon dos se déchire jusqu'en bas, me forçant à fermer les yeux tant le réveil de mes blessures est violent. Cachés dans les rugissements du serpent parisien, mes hurlements s'évanouissent dans la nuit, emportant mes précieuses dernières forces. J'ai lâché le tesson, il gît à mon côté, et moi, agenouillé, une main par terre pour soutenir ma masse et l'autre crispée sur l'oreille, je le contemple, paralysé. Mais je dois reprendre ma route, et je ferme les yeux, et j'avale ma salive et je me concentre sur cette seule pensée : me relever. Et lentement, dans le noir que je crée, j'oublie les tiraillements de mes muscles fendus, de mes tendons coupés, de mes nerfs sectionnés. Et dans ce noir toujours, recommence à marcher, aussi froid qu'un soldat posté en première ligne. Une odeur de poussière m'enveloppe : j'ai l'impression d'être dans un intestin de métropole, quand les derniers aliments se préparent à être expulsés tels des déchets qu'ils sont. A mesure que je marche, je rouvre doucement les yeux, découvrant à mon regard floué toujours plus de passants incrédules, inquiétés, incurables de cet immobilisme qui prend les gens fascinés. Je quitte bientôt la cage thoracique du métro pour me diriger à travers les rues qui croisent le monstre. Pendant que je dirige mes pas machinalement, je plonge dans la contemplation physique du cloaque qu'est devenue ma bouche. Fermant doucement les yeux, je me concentre sur cette chaleur pestilentielle et écourante, tentant aussi bien que possible de retenir le haut le cour qui s'empare de mon esprit dans ce petit jeu masochiste. Voilà un sentiment étrange qui se présente à moi à mesure que je joue avec mes capacités : je souris d'un sourire paisible, que je tente de contenir malgré mon manque d'assurance dans l'obscurité où je m'enferme et l'envie de cracher mon ventre et mes poumons que je cultive habilement. La douleur se tait petit à petit et j'ai vite l'impression de ne rien ressentir. Rien du tout. Et puis un choc. Violent, frontal, brutal, contre quelque chose de très dur. Le sourire s'est envolé, mon corps n'est que douleur et j'ai perdu à ce jeu stupide. Le vomi coule à flot sous mes yeux et moi, appuyé à l'épaule de cette chose que j'ai heurtée et incapable d'autre chose, je l'examine. Rouge. On croirait une fontaine de sang, un amphore de vin pulvérisée, un bouf éventré avec des grumeaux en plus. Mes derniers crachats scellent mon divorce avec cette flaque qui les reçoit en pleine face et je me relève, les poings serrés et les yeux fermés pour taire les sifflements que causent mes plaies. Le malotru qui m'a bousculé est en fait un panneau de circulation et sa politesse à l'instant ou il m'a soutenu me paraît soudain hypocrite, mais baste, je reprends ma route. Voilà enfin ce parc dont je fais le tour tandis que mon torse se lacère jusqu'en bas, en nervures électriques. Serrer les dents, la technique vient toute seule. Les barreaux noirs se dressent entre moi et la verdure rafraîchissante tels des hampes de lance froides et impassibles. Un air de dédain sur le visage, je longe la Seine et abandonne les plantes. En marchant je découvre mon torse, et j'examine mes blessures. Un instant je m'arrête, besoin d'observer cette traînée que je laisse, et la contemple. Le long du trottoir, traversant la rue, disparaissant derrière un immeuble. C'est à ce moment là que le second personnage apparaît. S'évaporant furtivement dès que je l'aperçois, l'ombre dressée dans la nuit est à l'heure au rendez-vous, j'espère que mon jeu de piste lui aura plu. Très bien, je reprends mon chemin mais pas pour très longtemps, car quelques instants plus tard je me dresse au milieu du pont où danse la mort, un sourire sur le visage. La douleur n'est plus là, mes plaies sont innombrables, ma peau pue le cadavre, je devrais me laver. C'était original, le jeu de la bouteille, une fois vide, poignarder quelqu'un avec, mais j'ai pris un mauvais coup, c'était. plutôt douloureux. Je m'approche du rebord et m'y penche pour observer la Seine, sublime ruban ébène au cou de la ville grise. Les flots de pétrole se déversent sans cesse sous mes pieds, dans la direction de la mer. Derrière moi je le sais se dresse un corps surnaturel armée d'une faux de charpentier aiguisée comme le vent. Doucement je monte sur la rambarde, écarte les bras, une grande inspiration, et je saute.

 

Le fond de l'air est frais ce soir là.

« I'm on drugs ! I'm on drugs ! »

Quand il l'extirpa des draps poussiéreux de son lit émietté, Trent sut que Céline ne revivrait jamais. La dope l'avait creusée jusqu'à la moelle, et son joli teint ambré s'était mû en une croûte d'un rose épars.

« Quelle horrible façon de commencer un récit » se dit-il, et il tourna la page.

Il marchait dans la rue, fébrile et circonspect, serrant le bracelet tunisien de Céline au fond de sa poche. Dans son dos, la cabine téléphonique qui avait dénoncé la pauvre camée aux autorités se mordait le combiné de culpabilité. Lui se dirigeait vers le cube creux de béton dans lequel il entreposait sa vie et sa drogue, dans la perspective subjective et glaciale d'y trouver des réponses. Une salve tenace d'applaudissement grêla sur sa décision.

Plus tard dans la journée, il irait probablement revoir Céline dans sa niche réfrigérée. Peut-être accepterait-elle ses excuses s'il les présentait dans une jolie seringue. Après tout, il avait sa part de responsabilité dans son déménagement, et Céline ne manquait jamais de se plaindre du manque de chauffage.

 

La neige griffait ses esgourdes et son nez philippin semblait crier au feu, mais Trent persistait comiquement à marcher face au vent, torse nu dans son pardessus de cuir noir, comme un corbillard bourré, ou un dîner aux chandelles raté. La carcasse invraisemblable de son esprit se décortiquait avec tout l'art d'un crabe masochiste, pour creuser dans sa cervelle moite et en retirer les meilleurs souvenirs.

Céline, Céline. Céline n'était rien de plus ni rien de moins qu'un pull en laine vermeille, si l'on y réfléchissait bien. Toujours avec ses petits airs de crochet et ses manières aux mailles larges. Pour le rouge, la couleur de ses dreads justifiait le choix, et leur largeur, la matière.

Et perdre un pull, ça n'a rien de bien grave.

Par ailleurs, ce ne serait pas la Pulline qui le lui reprocherait, depuis qu'elle avait perdu la parole.

Alors Trent tourna la page.

 

Au marché aux pulls, Trent choisit une grande blonde. Elle taillait des pipes pour pas bien cher, en ébène et en ivoire, mais Trent ne lui demanda que du tabac. Un bon tabac bien chaud pour mettre dans son fourneau, et oublier l'hiver qui envahissait les rues de Paris, qui refermait sur les passants le zip de ses sacs en caoutchouc noir.

La fumée âcre raclait la gorge de Trent quand il décida de ne pas avaler son tabac. Il recracha la boule de braise, et alla chercher le suicide dans une autre ruelle de la douleur.

 

Le baume régénérant de la pharmacienne aux yeux bleus avait cela de bon qu'il était pétillant, frais et bien brassé. Ses collègues de tabouret s'appuyaient au même bar sans frétiller de la paupière, et avalaient leur médicament sans paraître se soucier de sa précieuse teinte d'or, ni de la forme éphémère de ses affabulations. C'était un centre de cure bien sympathique.

Il décida d'écrire un poème sur son nouvel ami sous pression, mais fut poussé à l'abandon par l'absence d'un stylo dans son cercle d'amis.

 

Ce fut un bon barbier bonhomme qui accepta de le raser de trop près. Il l'avait rencontré dans une ruelle pourrie, croulant sous la lumière bâtarde des lampadaires qui vous assommaient un mastard sans trop y réfléchir, et le type lui avait sympathiquement demandé de passer à la caisse avant le rasage.

Il avala la lame du cran d'arrêt par la nouvelle bouche que l'autre lui dessinait, lequel manqua d'y laisser quelques doigts quand les dents de lait tentèrent de bouffer ce qui traînait par là.

Trent alla se coucher dans son frigo, déglutit une dernière fois, et creva dans la misère.

Neige sale

Il neigea du matin au soir, ce jour là. Chaque fois que je sortais d'un bâtiment, la neige fine était là pour m'accueillir, me surprenant par son insistance si inhabituelle. Faut-il préciser au lecteur la rareté de la neige parisienne ? Celle-ci était légère, et parfois, j'en prélevais un peu sur un capot de voiture, juste assez pour ne pas toucher celle souillée par la crasse qu'elle recouvrait, et je plongeai la petite poignée dans ma bouche. Je me rafraîchissais la langue et la tête, aérais mon esprit affecté, et restais dressé quelques minutes dans le vent frais, des flocons se prenant dans mes cheveux, fondant sur mon visage.

« Tu es sûr que tu veux partir ? » m'avait-elle lancé, calme, affreusement calme, tandis que je m'apprêtais à ouvrir la porte, bouillonnant à l'intérieur, et cette odieuse question avait sonné comme une menace. J'aurais pu lui dire que j'aurais aimé ne pas en être si sûr, j'aurais pu lui dire que je préférais la neige à sa compagnie, mais j'ai simplement dit « Oui. », et je suis parti, tremblant légèrement, par trop familier de ce sentiment, et si honteux du théâtralisme que j'insufflais malgré moi à nos rapports.

Pas de poursuite dans l'escalier, pas de téléphone fébrile. Plus d'effusions de sentiments. Juste la neige, le vent, et un calme intérieur assommant.

Il neigea jusqu'au soir.

 

Et à la nuit tombée, alors qu'enfin le calme blanc avait arrêté de nous saupoudrer, mon téléphone sonna. J'hésitai un moment avant de décrocher, résolu, froid.

Mais ce n'était pas elle. Et à celle-ci, avec qui je finirais pas tromper l'autre une nouvelle fois, je répondis calmement, avec un vague effort pour rester agréable. Même elle manquait soudain d'intérêt, comme elle en avait toujours manqué en venant vers moi. Je la laissai raccrocher, et restai figé devant ma fenêtre, à noyer mon regard dans le blanc qui recouvrait les voitures.

Si je reste, me disais-je, si je reste immobile, si je me perds dans ce blanc qui mange toute la rue, peut-être, alors, peut-être qu'un silence aussi vierge que ce blanc m'envahira, fera taire mes pensées qu'aucun alcool, aucune drogue, n'arrive à apaiser. Si je ne quitte pas des yeux cette plage blanche, alors je m'y perdrai, et peut-être enfin que ce monde cessera d'être, et peut-être même pourrais-je enfin dormir en paix.

Là, une voiture est passée, lacérant de sillons noirs ma plage de félicité.

 

Mon lit me fait horreur. J'ai sommeil, mais peur de mal dormir. Sans trop savoir pourquoi, j'ai éteint toutes mes lumières et je reste prostré, à le regarder avec terreur, comme s'il allait me happer d'un coup de couette, et m'endormir de force. Cette seule idée est aussi effrayante que tous les cauchemars que je pourrais y faire, mais je m'y suis habitué, là où ces cauchemars pourraient me prendre de court.

Alors je m'habille et je sors. Le froid s'infiltre et me fouette le sang, et je regrette déjà d'être là. Quelques voitures roulent encore, et je me surprends à vouloir en voir plus. Je marche un long moment, mes pas crissant dans la neige sale. Puis je me mets à courir.

C'est toujours comme ça que je fais : je marche, au naturel assez vite, et d'un coup je me lance, à toute vitesse, respirant en rythme, regardant droit devant moi. Mon manteau s'ouvre, alors je cours les bras croisés pour le garder fermé, les mains sous les aisselles.

« Tu es sûr que tu veux partir ? » m'a-t-elle dit ce matin. Et, oui, j'en étais sûr ; mais je meurs de peur d'avoir mal fait. J'aurais voulu rester avec elle, nus dans ces draps où tout allait bien. Sauf que tout n'allait pas bien, et la neige, et le vent, étaient moins pénibles que cette chaleur douce, ou que la roseur de ses joues après l'amour. Tout n'allait pas bien, et maintenant, où qu'elle soit, c'était moi qui courrais face au vent, gelé de l'intérieur, les yeux grands ouverts pour en tirer des larmes qui ne sortent pas d'elles-mêmes.

Et j'arrive au périphérique, où tout le jour, toute la nuit, le ballet de lumières blanches et rouges est incessant. Je me penche sur le rebord, j'ai envie de crier, mais mon souffle se coupe, et je n'aime pas crier. Je tape du poing sur le béton rugueux du pont, je salive, je souffle de gros nuages, sans réussir à pleurer une seule goutte. La neige recommence, clairsemée, et je me mords la lèvre de regret.

Regret de quoi ? Impossible de dire. Je me sens coupable, pourtant persuadé d'agir comme il faut. Je fais ce que me dicte ma raison, et mes tripes la réprimandent. Je commence à rire quand mes nerfs cèdent, et enfin je me rends compte que je pleure. Mes larmes s'écrasent dans la neige, y creusent une série de cratères, et je hurle d'un rire de dément.

En bas les voitures fusent comme des missiles. J'ai l'impression de courir à contresens, frôlant leurs portières du bout de mes doigts, malgré les embardées qu'elles font pour m'éviter. Je cours en hurlant, et j'avale de la neige. Mes larmes se glacent sur le côté de mon visage, s'arrêtent de couler, laissant place à la folie de ma course démentielle. Les phares sont si aveuglants que le sol disparaît, et je crois voler, tout droit à travers les étoiles fulgurantes, paniquées, crues.

« Tu es sûr que tu veux partir ? », m'a-t-elle dit ce matin, et j'avoue avoir douté. Mais j'en étais trop sûr, beaucoup trop, tellement trop que rien n'était plus une raison pour me retenir encore. « Oui », j'ai répondu. « Oui, je veux partir, et en beauté. »

Ruines

L'eau s'engouffre et ruisselle dans ce qui fut jadis égouts. Toujours les rats s'y terraient-ils en cette ère révolue, avant que l'homme de lui-même ne s'élimine de la surface, laissant la scène aux bêtes, aux charognards d'un rêve invraisemblable, aux monstres enfouis.

Cette ère ci est plus trouble. Le rat qui règne en maître sur les ruines du monde croise parfois le regard implorant d'un lugubre égaré. Ce genre de triste clown perd lentement tout repère, errant maladroitement de ruelle en boulevard, déserts sous la cagnard, déserts sous l'orage. De même, sa conduite, jurerait-on, est celle de l'amnésique, et de son pas de somnambule, il est capable de feindre ignorer cette pluie infernale sur son visage morne, ou les coups de la foudre qui rongent les immeubles. Ces ruines où il vit, et qu'il croit habitées, ne constituent même plus le territoire des rats, de sorte qu'aujourd'hui seuls les malheureux habitants du Pressoir s'y regroupent.

Le soir on les voit sous l'orage, dressés à la façon de mous épouvantails, onduler avec le vent et la pluie et la grêle, la boue jusqu'aux chevilles, muets et apathiques. Il serait étonnant d'en voir un seul sourire, trembler ou s'émouvoir de la beauté faustienne du fracas de la foudre s'écrasant dans les ruines voisines. Il serait étonnant qu'un seul d'entre eux ne parle, car tous ont accepté ensemble de fuir le réel, déserteurs de leur propre corps avant même la mort, errants languides à l'apparence creuse, à la cause absente.

Parfois à l'un des leurs échappe un feulement, que tous reprennent en chour tels une foule de morts aux prétextes grégaires. Les voix enténébrées envahissent les ruines de la cité fantôme, le vent et la pluie s'accordent sur la note, et tous ensemble ces morts vifs fuient la réalité. Toute confrontation abolie, ils échappent au réel avec un brio tel que leur jeune captive croirait parfois, la nuit, sur sa paillasse humide, entre deux coups de tonnerre, les comprendre, ou peut-être, allez donc savoir, les rejoindre.

La Jeune fille aux ailes d'encre

L'autre jour, j'ai fait un rêve. Un rêve de jour, oui, ça arrive souvent, mais celui là était différent : au lieu de s'évaporer, il s'est accroché, il est resté, parasite invisible ; il me hante.

Peau claire, cheveux clairs, yeux clairs, même le monde me paraît pâle, couleurs pastel, aquarelle. Au milieu de ce vide, de cette grande plaine blanche ; à peine remarquable, se tient une jeune fille, nue. Non pas nue comme un être humain : elle n'a rien de l'être de chair, aucune ride, aucun de ces pores et poils qui couvrent nos peaux ; plutôt nue comme dans un rêve et tellement pâle qu'elle éblouirait le soleil. Elle se tient droite, la tête penchée en avant, ses cheveux courts cachent ses yeux, pourtant, elle semble accablée d'un poids terrible. Une charge immatérielle, fatigue, une responsabilité, soupirs, une marque ou plutôt une tache. Je tourne autour, pas un mot, pas un contact, pas un regard, et découvre dans son dos une gigantesque paire d'ailes noires tombant au sol. Telles une fontaine d'encre noir ébène, luisantes par endroits et déchirées à d'autres, ces ailes décharnées pèsent sur les épaules de l'être pur comme sur un ange pèsent les flammes sombres de l'enfer. S'écoulant sans cesse de son dos, l'encre se répand dans la plaine comme sur du papier, noircissant et salissant ce monde vierge, pourrissant la pureté même ; tout ce vice provenant d'une enfant, pure semble-t-il, mais plus corrompue que tout ce qui l'entoure en vérité. Réceptacle du mal, calice de corruption, la jeune fille semble souffrir ; souffrir de ce qu'elle est, de son impuissance contre le mal qu'elle étale, contre la douleur qu'elle crée.
Et la tache s'étend toujours, dessinant rivières et lacs, mers et océans. Le visage de la jeune fille la montre bien fatiguée, lèvres gercées et yeux cernés. Le mal qu'elle étale afflue en abondance, contraste noir et argent, tout disparaît et sous mes yeux s'étale une feuille couverte de traits décousus jaillissants de ma plume.

Toutes les nuits, tous les jours maintenant, je rêve de la fille frêle, de sa peau claire et de ses ailes noires ; elle me hante passionnément, comme on aime la folie. Depuis ce jour, je sens un poids dans mon dos, dans ma nuque, comme si le fait de l'avoir vue m'avait souillé,
comme si la demoiselle corrompue m'avait sali.

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